L’Invention de Morel

l’Invention de Morel, roman de A.B.Casares publié en 1940, est un mélange de science-fiction, de fantastique, et de conte métaphysique.

L'invention de Morel L'invention de Morel

S’articulant autour de la divergence tragique entre l’amour, sentiment que l’on voudrait immuable, et la mort, inévitable et implacable annihilatrice, le roman nous entraîne dans une folie temporelle, dans l’entre-deux du réel et de l’imaginaire, là où le temps s’arrête, là où finalement, ne reste que la solitude et l’échec.

L’inventeur amoureux suspend le temps par l’enregistrement et la retransmission perpétuelle d’un espace-temps, une « zone » de non-vie où la mort n’existe plus, mais où la liberté n’est qu’illusion, la liberté d’aimer, la liberté de dire cet amour. Le narrateur (la forme du récit est un journal), cherchant un refuge, débarque par accident sur l’île où se déroule l’expérience. Mais il lui est impossible de communiquer avec ses étranges habitants, artfacts dans une autre dimension sensible. Il n’en tombe pas moins amoureux de Faustine (référence évidente mais complexe), la femme « la plus belle et la plus brillante », qui se trouve être justement l’objet du désir de l’inventeur…

Plus qu’un récit d’anticipation scientifique, l’Invention de Morel est un mythe fantastique, une allégorie construite sur un ensemble de paradoxes logiques développés jusqu’à atteindre l’absurde, dont la « virtualité » est offerte par des machines, par la science. La relation à la machine, comme moyen d’accumulation, d’archivage, et de reproduction d’informations, par des procédés de fragmentation et séquençage, générant un flux frénétique de « grains de sens » discontinu, prend aujourd’hui, à l’heure de l’informatique généralisée, une dimension extrême qui, aux regards amoureux, se teinte d’une indéfinissable mélancolie.